Rendez-vous manqué - Part 1

Je me dépêche, nous avons rendez-vous ce soir. Tu me l’as dit et répété : Ne soit pas en retard. Tu le sais j’en ai l’habitude mais pas cette fois-ci, je te le promets je serai à l’heure. Pour moi aussi c’est important. Tu m’as dit que tu m’attendrais à 20h à la place de l’opéra. Plus précisément devant l’opéra. Tu as vraiment insisté pour que je sois à l’heure car cette fois-ci as-tu dit, tu ne m’attendras pas.

  

 

Alors je me dépêche dans les couloirs du métro. Je cours comme si ma vie entière en dépendait. J’ai très peur d'être en retard. Je suis partie plus tard que prévu du boulot. Comme d’habitude une réunion tardive, comme toujours le seul jour où il est important que je parte tôt.

 

 

Je suis maintenant sur le quai de la ligne 8. Je boue d’impatience et de peur mêlées. Le train n’arrive que dans cinq minutes....Mettras-tu ta menace à exécution ? Partiras-tu vraiment si je ne suis pas là à 20 heures précises ?

 

 

Enfin le métro entre en gare. J’ai de plus en plus de mal à contenir mon impatience. Je sens la peur me couper les jambes, me donner des crampes d'estomac et la nausée. J'essaye par tous les moyens de me maîtriser.

Je laisse à peine sortir les autres voyageurs. Je les bouscule sans m’excuser, le regard noir. Les défiants de me dire quoi que ce soit. Je ne veux pas être polie, ni cordiale, ni sympathique. Je veux être à l’heure pour être avec toi.

 

 

Les portes du métro se ferment enfin. Plus que 5 stations, puis 3, puis 2. Je me ronge les ongles comme une angoissée malgré ma toute nouvelle manucure qui m’a coûté une fortune. A peine je l’ai pensé que je me sens futile. Futile de penser à de choses si insigifiantes.

 

 

Enfin nous arrivons à la station. Je sors en trombe du train. Il est 19h55. Je cours, prend quatre à quatre les escaliers et bousculent tous les corps devant moi. Aucun ne pourra m’empêcher de te rejoindre. Je sors à bout de souffle, en sueur et traverse en trombe sans tenir compte des voitures qui circulent dans tous les sens.

 

 

Au milieu de ma course, je m’arrête. Je ne t’aperçois pas. Je suis devant l’opéra. Il est 20h mais je ne te vois nul part. J’ai beau regardé dans tous les sens, je ne te vois pas. J’ai une boule à l’estomac. Je parcours de long en large la façade de l’opéra pour me calmer. Je me persuade que tu es bloqué dans les transports que tu seras là dans un moment. Pourquoi n’ai-je donc pas pensé à prendre ton numéro de téléphone ?

 

 

20h10, 20h20, 20h30,… les minutes s’écoulent comme sonne le glas et tu n'es toujours pas là. Et moi bêtement, je t’attends. Une heure, puis deux passent. J’essaye de m’en aller mais je suis comme scotchée aux marches sur lesquelles je me suis finalement assise. Je suis transie de froid. Nous sommes à la fin du mois de novembre et une fine neige commence à tomber couvrant Paris de blanc. Je devrais m'en aller mais je n'y arrive pas.

 

 

Quand enfin les regards des curieux me décident à me lever, je t’aperçois en bas des marches. Exactement à l’endroit où je t’ai vu pour la première fois. Mes yeux se remplissent de larmes. Tu es tellement amaigri. Je suis submergée par les regrets. Ceux que j'essaye d'ignorer depuis tous ces jours, ces mois. Je le sais, j'aurais du être plus forte.

 

 

Lentement je descends les marches. Essuyant discrètement mes larmes. D’abord tu ne me vois pas. Comme moi, tout à l’heure, tu me cherches dans chaque visage que tu croises.

 

Nos regards enfin se croisent. Je ne te lâche plus des yeux. Pourquoi suis-je donc partie ? J’essaye de prendre un air détaché alors que je m’avance vers toi. Mais je ne peux pas jouer, je ne veux plus jouer, alors je cours vers toi sans peur de glisser dans la neige encore fraîche.

 

 

Es-tu content de me voir ? Je ne sais pas. Je te serre dans mes bras mais toi tu restes amorphe. Tu n’esquisse aucun geste, aucun mouvement. Alors je te serre encore plus fort contre moi et je remplis mes poumons de ton odeur.

 

......