Rendez-vous manqué - Part 5

Je me réchauffe les mains avec ma tasse de chocolat. Et toujours ce silence. Nous sommes ensemble depuis plus d’une heure et j’attends toujours que tu me parles. Je bois mon chocolat à petites gorgées pour me réchauffer et m’occuper l’esprit.

J’aimerais pouvoir lire dans tes pensées et savoir tout ce qui se passe dans ta tête. Peut-être était-ce illusoire de penser que cette nouvelle discussion changerait les choses. Désormais nous ne savons plus discuter tranquillement, ni rire ensemble comme au début. Il n’y a plus que des disputes, des cris et des larmes. Je t’ai tellement aimé, à la folie, à m’en faire mal et aujourd’hui je me demande où est passé tout cet amour. Il ne me reste plus que cette profonde lassitude et le sentiment d’être passé à côté de nous.

La vie est étrange parfois. Elle nous sépare, nous réunit pour mieux nous perdre. Nous sommes comme des pantins soumis aux mouvements d’un carrousel infernal. Tu t’installes à côté de moi et me prends la main puis tu me racontes dans un murmure l’histoire d’un mec, un parmi tant d’autres, qui est tombé amoureux alors qu’il ne s’y attendait pas, qui a fondé une famille,  qui a été heureux un instant, un court instant puis qui a tout perdu parce qu’au fond c’est ça la vie. Nous sommes obligés de jouer mais personne ne peut nous garantir la victoire. Il faut se contenter d’essayer.

Puis tu te lèves, allumes la radio et les premières notes de l’Ave Maria emplissent la pièce. J’adore cette mélodie,  les cordes des violons font vibrer mon âme. Elles m’apaisent, me donnent de l’espoir, me rendent triste mais d’une belle tristesse. Sans pouvoir, ni vouloir les retenir, des larmes silencieuses coulent sur mes joues alors que tu reviens vers moi et me prends dans tes bras. Tu me dis que les choses s’arrangeront, que ma peine s’estompera avec le temps. Mais je ne te crois pas. Mon fils est mort et avec lui tout le sens de ma vie. Je ne crois plus en rien. Ni en Dieu, ni en la vie, ni en toi.

Je te repousse et me lève précipitamment. J’ai commis une erreur en venant chez toi. Tout cela ne fait que raviver de vieilles blessures, me faire revenir à la case départ. A l’époque où je ne pouvais plus respirer, où je me sentais vide, où je me demandais s’il ne valait pas mieux mourir plutôt que de supporter un jour sans lui et toi qui faisait n’importe quoi avec ta peine.

Je récupère mon manteau, prends mon sac dans la foulée, ouvre la porte et descend les escaliers en courant. A la porte de ton immeuble, je m’arrête pour reprendre mon souffle. Je boutonne ma veste, et les mains dans les poches, je descends lentement la rue vers un lieu que je connais par cœur.

Quelques instants plus tard, je te sens dans mon dos. Tu marches juste derrière moi, tes pas dans les miens et un sourire involontaire se dessine sur mes lèvres.